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J’ai grandi avec une mère très spirituelle, assez branchée tarot, astrologie, yi-king et compagnie. Ça toujours été son truc, elle ne m’a jamais embarquée dans ses histoires à moins que je ne manifeste une certaine curiosité – j’ai voulu essayer le yi-king un jour, elle m’a montré, ça m’a saoulée (pas assez patiente), je n’y ai plus jamais touché et elle n’a pas insisté.

Elle a toujours cru au karma, aux forces de l’univers, aux énergies de la nature et à leur influence sur nos vies et aux différentes façons de s’accorder leurs faveurs et elle m’a transmis un peu de tout ça.

J’ai un esprit relativement cartésien, malgré tout, du coup ce n’est pas toujours facile de faire la part des choses entre les signes « ésotériques » que je peux croiser et mon envie de tout rationaliser, mon cerveau qui me crie « Non mais eh, oh, t’as pas comme l’impression de me prendre pour un couillon ? » – mais ça me fait aussi du bien d’y croire. Ça me donne de la force quand mon cerveau n’est plus capable de cracher que des prévisions négatives et du pessimisme vitriolé. J’en avais parlé plus en détails il y a un petit moment sur mon Tumblr perso, d’ailleurs.

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Il y a un peu plus d’un an, j’ai donc décidé de me mettre au tarot.

Ça faisait un moment que ça me travaillait, j’ai toujours été fascinée par les cartes de ma mère (un tarot de Marseille somme toute très basique, comme on en voit partout), parce que je le trouvais beau et flippant à la fois (tant de pouvoir dans des petites cartes, c’est impressionnant quand on est gamine). Le premier courant artistique qui m’a intéressée quand j’étais petite, c’était les miniatures médiévales, les gravures, ces espèces d’oeuvres anatomiquement incorrectes et ces visages aux expressions figées et parfois inquiétantes – alors forcément, ça collait.

Après avoir renoué avec ma meilleure amie de l’école primaire et en avoir discuté avec elle, qui pratique aussi et qui était pleine de conseils et d’encouragements, je me suis lancée. J’ai acheté mon paquet, j’ai piqué les bouquins de ma mère sur le sujet, j’ai cherché des modèles de tirages à faire, et j’ai essayé.

Le premier tirage a été catastrophique – il annonçait limite la fin du monde par ma main, la dépression, la famine, la mort, l’horreur, bref, la descente aux enfers. J’avais à peine mélangé mes cartes, j’étais tendue, stressée, je suis allée trop vite, et j’imagine que ça a joué. Depuis, à chaque fois que je retente, j’attends d’être dans de bonnes dispositions, je fais tout pour être détendue et à l’aise et je tombe toujours sur des tirages très justes et avisés. Jusqu’ici, les cartes ne se sont jamais trompées. Il y a des choses que j’avais interprétées d’une certaine manière qui se sont avérées être un peu plus subtiles que ça dans la réalité, mais globalement c’était toujours très proche de mes prédictions.

Bon, c’est bien joli tout ça, mais si on y croit pas du tout à toutes ces conneries ?

Et bien rien n’empêche de tenter quand même. En réalité, le tarot tel que je le perçois, tel que mon entourage le perçoit également (ma mère et mon amie de primaire, donc) n’est pas exactement un art divinatoire mais plutôt une technique de méditation doublée d’une petite thérapie introspective.

Quand on fait un tirage, on a des idées précises en tête. On a des questions à poser, des trucs qui nous tracassent, qu’on aimerait démêler. On veut savoir ce qui nous attend demain, si on a pris la bonne voie, la bonne décision, si on est entouré-e des bonnes personnes… Alors on demande aux cartes, on les place, on les retourne, et on attrape son guide pour interpréter chaque arcane, et les réponses se dessinent peu à peu. Et dans ces moments là, l’esprit est concentré. Sur le problème, sur les réponses qu’on espère, qu’on attend, qu’on redoute, sur les choses qu’on ne veut surtout pas voir dans les cartes, et c’est ce qui nous permet d’identifier exactement le coeur du problème.

C’est comme quand on tire à pile ou face – on sait généralement de quel côté on veut que la pièce retombe une fois qu’elle est en l’air. 

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Quand on tire les cartes, on se consacre uniquement à soi, à son avenir, ses tracas, et c’est ce qui permet de dégager les grands angles de chaque problème sans même qu’on s’en rende compte. Il n’y a pas le côté épuisant et angoissant de l’insomnie provoquée par des troubles qu’on essaye de mettre de côté dans la journée, ou l’urgence des problèmes à régler. On est bien, on se détend, on se met dans la peau d’une Madame Irma sûre d’elle et proche du monde des esprits et d’un coup, tout s’éclaire.

Le tirage permet de baliser sa route, pour identifier les étapes à passer pour résoudre ce qui déconne. 

Ça permet aussi de reprendre courage et espoir quand il est positif et que de jolies choses se dessinent à l’horizon. Quand les cartes confirment qu’on est sur la bonne voie, c’est un sacré soulagement, un poids qui s’évapore et ça redonne un coup de tonus à son moteur interne.

On peut très bien pratiquer le tarot en étant 100% sceptique, il suffit juste de jouer le jeu le temps de tirer les cartes, d’être honnête et de baisser sa garde le temps d’une partie. Et si le résultat ne vous plaît pas, vous n’aurez qu’à donner raison à votre scepticisme, si ça vous arrange.

Mais qui sait, peut-être que vous aussi vous y trouverez un nouveau totem. 

Si vous suivez mes aventures depuis quelque temps, vous savez que j’ai quatre doigts tatoués (par Mathias <3) et parmi eux, il y a mon majeur droit qui porte ce symbole là :

Pas de panique, je me suis arrêtée à la longueur "lévrier afghan".

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C’est celui qui est sur la main qui tient le téléphone, et il s’agit d’une représentation pictographique de la carte du Mat. Dans La Voie du Tarot, Alexandro Jodorowsky fait parler l’arcane ainsi :

Il faut que tu fasses éclater cette perception du moi imposée, incrustée depuis l’enfance, qui refuse de changer. Élargis tes limites, sans fin, sans relâche.

Cesse d’être ton propre témoin, cesse de t’observer, sois acteur à l’état pur, une entité en action. Unis-toi à l’océan de l’inconscient. 

Tu ne peux pas te tromper, il n’y a ni plan, ni intention. Il n’y a que l’action pure dans l’éternel présent. N’aie plus peur de libérer l’instinct, si primitif soit-il. Sois ouvert à la poésie de l’intuition, aux fulgurances de la télépathie, à des voix qui ne t’appartiennent pas, à une parole venue d’autres dimensions. 

Vis ton corps non plus comme un concept du passé mais comme la réalité subjective vibrante du présent.

L’animal sauvage se nourrit lui-même et ne se trompe jamais de nourriture. L’être en transe n’agit pas mû par ce qu’il a appris mais par ce qu’il est.

Alors certes, certains passages sont très franchement ésotériques et j’ai choisi de les adapter à ma perception des choses pour les ancrer un peu plus dans une réalité qui me représente, mais globalement, ça me parle. Après avoir fouillé d’autres sources, mon intérêt tout particulier pour cette carte s’est confirmé.

Le Mat est souvent décrit comme étant toujours en mouvement, avançant vers l’inconnu, tout en restant indépendant. Il est hors jeu et évolue différemment, sans se soucier des normes et des chemins tracés par les autres. Il symbolise notamment l’innocence, l’insouciance, et parfois l’immaturité. Quand il sort dans un tirage professionnel, il annonce un nouveau projet, un changement, un nouveau boulot, et même le travail libéral.

Bref, je vais pas vous faire toute la symbolique du Mat, mais la carte m’a tellement plu, elle m’a tellement parlé, que j’ai décidé de l’immortaliser sur mon doigt, comme un petit totem qui me rappelle ce qui compte pour moi et ce vers quoi je m’efforce de me diriger en permanence. 

Si ça vous tente, j’ai une super board Pinterest avec plein d’idées de tirages à thèmes à faire, pour bien cibler vos petites questions.

Alors certes, le tarot ne conviendra pas à tout le monde – mais si vous êtes un poil curieux-se, si vous avez cette petite touche de spiritualité en vous, que vous avec l’esprit ouvert et que vous avez du mal à canaliser votre énergie quand vous êtes tracassé-e, vous devriez tenter le coup, on ne sait jamais. (Attention, il est cependant déconseillé de tirer les cartes quand on va vraiment pas très bien parce que ça risque d’influencer votre tirage ou votre interprétation, mieux vaut avoir la tête assez froide et se sentir un minimum serein-e avant de commencer).

Et si ça ne donne rien, vous pourrez toujours garder votre paquet pour faire des parties de cartes avec les potes.

Quelques livres pour s’initier au tarot :