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Un de mes plus gros freins dans la vie, qui fait que je ne suis peut-être pas là où j’aurais dû en être si j’avais été moins encombrée, c’est mon incessant besoin de me comparer à tout le monde.

Je passe mon temps à regarder ce que font mes voisins, mes pairs, mes adversaires, mes ami-e-s et à tout rapporter à mon parcours personnel. Comme si chaque parcours était clonable à l’infini et qu’il existait un nombre limité de modèles parfaits, et que ces gens là n’avaient absolument aucun problème dans la vie.

Mais c’est bien connu, l’herbe est toujours plus verte ailleurs. 

Je suis persuadée, quand je me promène sur les réseaux sociaux, Instagram, les blogs des gens dont j’admire le boulot, que tout est facile pour eux. Que je n’ai simplement pas le niveau, pas le talent, et même pas le physique pour jouer dans la même cour qu’eux. Quand on voit objectivement ce que j’ai réussi à accomplir avec « ma marque » (puisque c’est comme ça qu’on l’appelle dans les milieux professionnels), je n’ai pourtant pas trop à rougir de mes manques et de mes erreurs.

Mais il m’arrive de recroiser de vieux collaborateurs qui me demandent « Pourquoi t’as pas encore décollé ? Il est où ton best-seller ? Et ton scénario ? Pourquoi t’es pas encore au sommet ? » et si je sais que leurs intentions sont bonnes et que ces paroles ne sont que l’écho de l’estime qu’ils ont pour moi, c’est typiquement le genre de discours qui me ramène six pieds sous terre. Heureusement, c’est quand je racle le fond que je trouve mes meilleures idées. Elles résultent toutes d’un sentiment de désespoir, de dernière chance, d’impulsion finale pour remonter à la surface.

C’est comme aller traîner au fond d’un lac en essayant de rester en apnée le plus longtemps possible dans l’espoir de tomber dans l’oubli, puis d’être pris d’un élan de panique quand on sent que notre souffle s’épuise. Ça me ramène à la réalité, ça me met face à mes désirs les plus profonds, et ça me pousse à trouver une solution rapidement pour ne pas mourir noyée bêtement.

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Si on ajoute à ça le joyeux facteur de ma dépression, je vous laisse imaginer dans quels marécages trempe mon cerveau la majeure partie du temps. Et il y a des jours où me lever avant midi, lancer une machine et enfiler un jean représentent autant pour moi que de courir un marathon sur une jambe. C’est un exploit, j’envoie des textos à mon mec pour lui dire « Eh, t’as vu, j’ai fait des trucs de personne normale ! » – textos auxquels il pourrait être tenté de répondre « …C’est cool, tu veux une médaille ? » s’il n’était pas suffisamment intelligent pour comprendre ce que ça représente à mon échelle.

Et dans ces moments là, oui, je veux une médaille. Je veux une parade, des lauriers, des confettis, des trophées à mon effigie. Je veux qu’on grave dans le marbre que « Cette fille s’est levée avant midi, elle a fait son lit et elle a fait deux tâches ménagères !!! » et que ça fasse la une des journaux. Je veux qu’on chante mes louanges et qu’on me face surfer sur une foule en délire.

Je grossis vachement le trait parce qu’en général un simple « Bravo, tu déchires ! » de la part d’un-e proche me suffit amplement. Et puis parce que je sais qu’au fond ça n’a rien d’exceptionnel et que ça ne reste un exploit qu’à ma petite échelle et que les autres auront peut-être plus de mal à comprendre pourquoi je me réjouis d’avoir lavé mes slips.

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Du coup, je ne compte plus que sur moi et sur les gens très très proches de moi pour me donner ces médailles. Je mets « moi » en premier, parce que c’est le plus important. Après une journée comme ça, quand je vais me coucher, c’est avec moi-même que j’ai mes dernières discussions mentales. C’est avec mes démons, mon anxiété et mes angoisses que je débats, et c’est à eux que je présente les exploits de la journée pour leur clouer le bec. C’est ce qui me permet de dormir un peu plus paisiblement et de ne plus me réveiller en sursaut avec des palpitations et la mâchoire serrée.

Je pense qu’il est important dans ces moments là de pouvoir jouer sur les deux tableaux. Il faut savoir accepter ce qui représente une victoire pour soi et pour les autres et ne pas projeter son échelle sur celles de ceux qui nous entourent. Il y en a qui ne seront jamais satisfaits s’ils n’ont pas accompli toute leur to-do list et plus si affinités en moins de douze heures, et d’autres qui pourront dormir tranquilles s’ils ont réussi à faire la vaisselle et passer un coup de téléphone important.

Mesurez vos échelles personnelles, prenez le temps de célébrer vos petites victoires et de faire une petite danse lorsque vous accomplissez quelque chose que vous n’auriez pas été capable de faire la veille ou l’année passée. Mais ne vous offusquez pas si on vous regarde un peu de traviole quand vous criez vos exploits sur tous les toits et qu’ils ont l’air si petits à côté de ceux des autres. Votre vie n’est pas la leur, et inversement.

Soyez à l’écoute des critères de chacun-e concernant ce qui définit une victoire et aidez vos proches à célébrer leurs accomplissements à eux – même s’ils ont parfois du mal à en faire de même pour vous. L’important, c’est que vous soyez capable de vous célébrer vous-mêmes lorsque le reste ne suit pas.

Par exemple, aujourd’hui j’ai passé un coup de téléphone important, fait des photocopies, préparé deux courriers (timbres compris), fait une machine, écrit pour ce blog et pour Passion Menstrues et c’est énorme. Je n’ai pas fini ma journée, j’ai énormément de boulot, mais comparée à ma journée hier avec sa sieste de trois heures et ma soirée à glander sur internet sans faire grand chose de productif, c’est énorme.

QDSD

Peut-être que je trouverai ça très drôle quand je relirai ce post dans quelques mois ou quelques années parce que d’ici ça ce genre de journée sera considérée comme une journée normale, mais aujourd’hui c’est un effort, c’est un exploit et oui, je mérite ma putain de médaille.

Parce qu’aujourd’hui, j’ai vécu. Je n’ai pas subi, je ne me suis pas planquée, j’ai agi.