SONS OF ANARCHY: Charlie Hunnam in SONS OF ANARCHY airing Tuesday, September 7 at 10 PM e/p on FX. CR: Frank Ockenfels / FX.

En bonne anxieuse que je suis, j’ai longtemps eu tendance à dire non à tout, par trouille, parce qu’éviter toute situation non-familière était bien plus facile que de s’exposer à un risque d’échec cuisant ou d’humiliation.

Mais entre mon choix de carrière (qui a l’air hyper planqué vu comme ça mais qui m’a exposée à de nombreuses situations aussi flippantes qu’excitantes) et la petite aventurière qui sommeille en moi (celle qui rêvait de devenir Indiana Jane), j’ai été forcée de m’habituer à sortir régulièrement de ma zone de confort. Et heureusement, parce que sinon je me serais privée d’un tas de souvenirs que je chéris aujourd’hui.

C’est donc dans cet esprit là que j’ai décidé de créer la rubrique « Parce que j’ai dit oui… » sur ce blog. D’une part pour vous raconter tous les trucs que je vis parce que j’ai choisi de dire oui au lieu de partir me planquer sous mon lit comme me le hurle mon cerveau 60% du temps, et d’autre part pour me motiver moi-même à dire oui encore plus souvent, histoire que cette rubrique ne prenne pas trop la poussière quoi. C’est gagnant-gagnant, tout le monde est content (sauf mon ulcère et ma tension mais eh, c’est le prix à payer pour vivre de frissons et d’eau fraîche).

Et c’est comme ça que je me suis retrouvée à répondre oui lorsque mon mec m’a demandé si je voulais l’accompagner à une Murder Party sur le thème de la série Sons of Anarchy dimanche dernier.

Pour lui, c’est facile. En plus d’être acteur, il pratique tout ce qui est jeux de rôle en salle ou dans la forêt depuis des années et n’a pas peur de se mettre dans la peau d’un mercenaire du moyen-âge, d’un vaurien de l’espace ou d’un biker californien le temps d’une journée. Pour moi, c’était un peu plus délicat, parce que je suis une actrice ratée.

(Point informatif : Une Murder Party est un jeu de rôle grandeur nature qui se déroule sur plusieurs heures, sur un thème précis, au cours duquel les joueurs endossent tous un rôle bien fouillé avec un passif, une série de caractéristiques et d’objectifs à remplir pendant le jeu. Tous les joueurs sont plus ou moins impliqués dans une affaire criminelle et doivent résoudre l’énigme avant la fin du jeu tout en protégeant leurs objectifs pour mener à bien leurs diverses missions)

Laissez-moi vous parler de mes rêves enterrés

De la maternelle jusqu’à mes 18 ans, j’ai pris des cours de théâtre partout où je pouvais, allant jusqu’à rejoindre une école payante sur ma dernière année, parce que j’avais toujours voulu être comédienne. Comédienne de théâââtre, oui madame. C’était ma passion, je me sentais vivante quand j’étais sur scène, je donnais tout ce que j’avais, bref, c’était mon truc, et j’étais faite pour ça.

Et puis la dépression est venue mettre un coup derrière la nuque de mes ambitions, la peur du jugement s’est installée et d’année en année, le petit saltimbanque joyeux a laissé la place à une ado ratatinée par les complexes, la peur de l’échec et du ridicule et tétanisée par le regard des autres. J’ai fini d’enterrer mon rêve après ma dernière année de théâtre, lorsque j’ai visionné la vidéo de notre représentation de fin de cycle et que j’ai eu envie de jeter ma télé par la fenêtre et de la suivre juste derrière tellement je me suis trouvée immonde et nulle à chier.

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Donc ça, c’est pour le background. Parce que depuis, je suis paralysée dès qu’on braque une caméra sur moi (et même quand on me demande de poser en photo) et j’ai énormément de mal à jouer à des jeux qui nécessitent une petite mise en scène (genre même Taboo je peux pas, faut me saouler avant que je me décoince, sinon je fais des mimes avec les doigts et en regardant mes chaussures).

Mais comme je me pousse au cul dès que je peux pour me forcer à renouer avec les choses que j’aime et à en découvrir de nouvelles, j’ai accepté la proposition de mon mec avec le sourire, sans trop me poser de questions.

…Jusqu’à ce que je reçoive la fiche de mon personnage.

Une grande maîtrise de la demi-mesure

Il avait prévenu l’organisateur que c’était ma première Murder, que j’étais nerveuse et que j’avais besoin d’y aller doucement, du coup on lui avait promis de me filer un perso facile aux enjeux minimes. Et en vrai, c’est ce qu’on a fait, j’ai eu un personnage ultra facile à jouer, qui n’avait pas besoin de s’occuper de l’affaire en cours et dont le seul objectif était de sauver son cul et celui de sa meilleure amie/amante pendant que tous les gangs s’affrontaient dans des négociations sanglantes quelques mètres plus loin. Facile.

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Sauf qu’en plus de me mettre dans une situation qui m’angoisse, je l’ai fait à la pire période possible. Je n’ai jamais été aussi anxieuse, stressée et tendue de toute ma vie, j’ai des milliards de trucs relous à gérer depuis la mort de mon père, j’ai même pas encore vraiment entamé mon deuil, bref, j’ai la tête au fond du cul et j’ai vraiment du mal à y voir clair dans ce que je fais au quotidien. Résultat : quelques heures après avoir reçu la fiche de mon personnage, j’ai fait une série de crises d’angoisse toutes plus violentes les unes que les autres, j’ai hurlé sur mon mec au téléphone pendant qu’il tentait de discuter avec l’orga pour trouver des moyens de me rassurer, et nous avons tous passé un excellent moment.

Voilà donc dans quel état d’esprit je me suis rendue à ma première Murder Party.

Mais du coup, est-ce que j’ai kiffé ? Hmmm, suspense.

Gotta raise some hell, ‘fore they take you down

Ouais, j’ai kiffé. J’ai flippé, j’ai stressé, mais j’ai surtout kiffé.

Quand tu débarques un peu costumée dans le sous-sol d’un bar où se trouve une vingtaine de personnes à fond dans leur personnage et dans l’ambiance, tu n’as pas d’autre choix que d’y plonger directement. Et quand tu comprends que chacun-e peut se permettre des apartés en chuchotant « hors-jeu » dès qu’il y a le moindre doute ou la moindre petite question, tu te remets à respirer un peu plus normalement.

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Coup de bol : mon personnage pouvait tout à fait adopter l’attitude que j’avais moi-même du mal à combattre, à savoir raser les murs, regarder le bout de ses pieds, marmonner dans sa barbe et regarder tout le monde avec détresse et désespoir dans le regard en espérant que quelqu’un vienne la sauver un jour.

J’ai fini par me prendre au jeu très rapidement, allant jusqu’à tenir tête à un personnage venu menacer le mien pendant que je mangeais mon petit sandwich et j’ai tenu mon impro et mon personnage jusqu’au bout comme une pro parce qu’après tout je suis peut-être pas si mauvaise que ça. J’ai tenté des trucs, j’ai couru partout pour prévenir les bikers de l’arrivée des flics, j’ai séduit les flics pour les éloigner du garage, et j’ai passé tout le jeu avec une dague camouflée dans mon dos sans que personne ne s’en aperçoive alors que tout le monde se faisait sans arrêt fouiller.

J’ai également confié ma vie à un biker qui m’a promis sa protection avant d’aller la confier à un biker du camp adverse parce qu’il vaut mieux multiplier ses avantages. J’ai regardé mon boss mafieux se vider de son sang sous mes yeux, j’ai jubilé quand son garde du corps a claqué, et j’ai paradé dans ma petite tenue de poule de luxe en roulant du boule comme si ma vie en dépendait. Et j’ai survécu jusqu’à la dernière seconde (j’étais la dernière debout dans le clan des russes auquel j’appartenais, ma petite fierté).

Bon alors à la fin on est tous morts fusillés par des Colombiens en colère, mais j’ai quand même tenu jusqu’au massacre, et ça, c’était pas gagné d’avance. Et du coup j’ai hyper envie de recommencer.