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Cette nuit j’ai eu une longue conversation avec mon père.

J’ai rêvé qu’il n’était pas mort, qu’il avait fait semblant, pour disparaître des fichiers et que le gouvernement le laisse tranquille, pour qu’il puisse enfin vivre libre de toute contrainte comme il l’avait toujours rêvé. En dehors du fait que je me réjouissais de pouvoir lui faire rembourser tous les trucs que j’ai dû payer depuis sa mort, j’étais très heureuse de pouvoir enfin lui raconter tout ce qui se passe dans ma vie en ce moment.

On a parlé de plein de choses, d’écriture notamment, et après l’avoir vu j’ai passé un long moment à écrire frénétiquement un chapitre de mon projet actuel (je n’en ai évidemment aucun souvenir, si ce n’est que j’étais très inspirée et que je me sentais enfin débloquée).

Depuis mon réveil, je travaille comme une acharnée à la documentation et aux recherches nécessaires à mon projet (sans écrire pour autant, mais ma psy m’a dit que c’était comme ça que je travaillais et qu’il ne fallait pas que je culpabilise d’avoir une gestation plus longue). Je me sens étrangement validée, encouragée, accompagnée.

Triste, aussi, évidemment, parce que j’ai eu l’impression de retrouver mon père pendant un moment qui m’a paru invraisemblablement long et que j’ai vraiment cru à cette réalité alternative quand je me suis réveillée. Mais rassurée, quelque part, d’avoir pu lui dire, d’avoir pu échanger, lui parler, d’avoir fait ce que je rêve de faire depuis des semaines. J’ai pu bondir de joie et lui dire « AU FAIT, JE T’AI PAS DIT ! » comme avant, et c’était tellement authentique que j’ai même ressenti l’appréhension de sa désapprobation. Comme avant.

Il était comme la dernière fois que je l’ai vu, avant l’hôpital, avant le lit de mort. Il sentait pareil, il avait la même voix, le même regard, la même posture. On marchait de la même façon, tout était identique à cette réalité qui s’est achevée pour toujours, et j’ai vraiment l’impression de pouvoir dire très honnêtement que oui, j’ai eu une longue conversation avec mon père cette nuit, et cette fois, il m’a répondu.