Dans tes oreilles

Playlist : MORTEL

Information n°1 : j’aime beaucoup créer des playlists.

Information n°2 : j’aime beaucoup créer des playlists en lien avec les projets sur lesquels je travaille.

La dernière en date, c’est la playlist qui accompagne mon projet en cours – le podcast Mortel dont je vous rabats les oreilles depuis la diffusion de l’épisode 1. Voici donc de quoi vous aider à patienter tout en restant dans le thème entre deux épisodes. À écoutez en mode aléatoire, sans y chercher de cohérence en dehors du dénominateur commun.

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Moodboards

Moodboard : La jeune fille et la mort

Mourir dans la buée ardente de l'été, 
Quand parfumé, penchant et lourd comme une grappe, 
Le coeur, que la rumeur de l'air balance et frappe, 
S'égrène en douloureuse et douce volupté.

Mourir, baignant ses mains aux fraîcheurs du feuillage, 
Joignant ses yeux aux yeux fleurissants des bois verts, 
Se mêlant à l'antique et naissant univers, 
Ayant en même temps sa jeunesse et son âge,

S'en aller calmement avec la fin du jour ; 
Mourir des flèches d'or du tendre crépuscule, 
Sentir que l'âme douce et paisible recule 
Vers la terre profonde et l'immortel amour.

S'en aller pour goûter en elle ce mystère 
D'être l'herbe, le grain, la chaleur et les eaux, 
S'endormir dans la plaine aux verdoyants réseaux, 
Mourir pour être encor plus proche de la terre...

– Anna de Noailles
How wonderful is Death,
Death, and his brother Sleep!
One, pale as yonder waning moon
With lips of lurid blue;
The other, rosy as the morn
When throned on ocean’s wave
It blushes o’er the world;
Yet both so passing wonderful!

– Percy Bysshe Shelley
La Jeune Fille
Va-t'en, ah, va-t'en!
Disparais, odieux squelette!
Je suis encore jeune, disparais!
Et ne me touche pas! »

La Mort
Donne-moi la main, douce et belle créature!
Je suis ton amie, tu n'as rien à craindre.
Laisse-toi faire! N'aie pas peur
Viens sagement dormir dans mes bras

— Matthias Claudius
Dans une terre grasse et pleine d'escargots 
Je veux creuser moi-même une fosse profonde, 
Où je puisse à loisir étaler mes vieux os 
Et dormir dans l'oubli comme un requin dans l'onde,

Je hais les testaments et je hais les tombeaux ; 
Plutôt que d'implorer une larme du monde, 
Vivant, j'aimerais mieux inviter les corbeaux 
A saigner tous les bouts de ma carcasse immonde.

Ô vers ! noirs compagnons sans oreille et sans yeux, 
Voyez venir à vous un mort libre et joyeux ; 
Philosophes viveurs, fils de la pourriture,

A travers ma ruine allez donc sans remords, 
Et dites-moi s'il est encor quelque torture 
Pour ce vieux corps sans âme et mort parmi les morts !

– Charles Baudelaire
Je te raconte ma vie, Witch Please

Solstice, cendres et mucus.

J’avais dans l’idée de faire un article assez long sur le solstice d’hiver/Yule cette année, histoire de prouver que je suis vraiment décidée à réanimer ce blog petit à petit, MAIS :

  1. Demain c’est l’anniversaire de la mort de mon père, donc en vrai Yule, Noël et tout ça, ça fait trois ans que ça a plutôt un sale goût pour moi, surtout pour une fête qui est censée célébrer la renaissance du soleil, le renouveau etc. C’est gentiment ironique.
  2. Je suis en vacances depuis quelques heures donc ÉVIDEMMENT j’ai la crève depuis hier soir et je suis clouée au lit avec un mal de gorge de chien et des tambourins dans la tête.

Du coup je suis pas trop d’humeur à écrire ni à faire la fête. En revanche, le quatrième épisode de Mortel est sorti et il parle du deuil, donc pour le coup le timing est parfait. Il contient beaucoup de mon père et de notre relation, il est très personnel mais je pense que les mots de notre invité pourront faire beaucoup, beaucoup de bien aux personnes qui savent de quoi il parle.

Donc à la place je vous invite à l’écouter, déjà, et à faire en sorte de passer un meilleur solstice que moi, dans un second temps. Puisque je n’ai pas l’énergie nécessaire pour vous faire mes recommandations personnelles, je vais m’en remettre aux mots d’une blogueuse que j’aime beaucoup, Holly Cassell, partagés aujourd’hui sur Twitter, parce qu’ils disent ce que j’aurais aimé vous dire ici.

En gros, pour les moins anglophiles, ce qu’il faut retenir pour cette célébration :

  • Rapprochez-vous des gens que vous aimez
  • Allumez des feux (dans des endroits qui sont faits pour ça hein, allez pas cramer la voiture du voisin pour la beauté du geste)
  • Souhaitez la bienvenue au soleil qui renaît
  • Exprimez votre reconnaissance
  • Passez le bonjour aux esprits qui traînent dans le coin et à vos proches disparus qui, comme lors de Samhain, ne seront pas très loin cette nuit (coucou Papa)
  • Mettez quelques offrandes pour eux sur votre autel, une coupe de vin, un morceau de pain, quelque chose qu’ils aimaient de leur vivant
  • Faites le bilan sur cette année et faites de votre mieux pour réparer vos erreurs et le mal que vous auriez pu faire
  • Acceptez vos torts
  • Allumez autant de bougies que vous pouvez (encore une fois : sans foutre le feu à la baraque, faites attention s’il vous plaît)
  • Réchauffez-vous
  • Mangez bien
  • Discutez avec vos fantômes
  • Offrez votre aide à ceux qui en ont le plus besoin
  • Et surtout, prenez soin de vous.

Joyeux solstice à toutes et à tous, je retourne binger Downton Abbey en glandant sur Pinterest et en buvant des litres de mes potions magiques anti-microbes (je suis désormais composée à 80% de gingembre, de miel, de citron, d’eucalyptus, de thym, d’ail et de piment de cayenne).

(c’est vachement bien Downton Abbey en fait, je sais pas pourquoi je vous ai pas écouté-e-s plus tôt).

Pop Culture

Jennifer Check, succube de mon coeur

Depuis quelque temps, je commence à voir apparaître de plus en plus d’articles chantant les louanges, tardives certes, du film Jennifer’s Body.

Sorti en 2009, réalisé par Karyn Kusama et écrit par Diablo Cody, c’est un film qui a été probablement aussi mal vendu que mal compris. Et sans aucun doute mal compris parce que mal vendu. Je me souviens très bien de ma propre réaction en sortant de la séance, d’ailleurs. C’était au UGC des Halles, j’y étais allée avec des copains de fac, ça s’était marré pendant toute la séance – des rires clairement moqueurs – et en sortant, tout le monde a dit la même chose : « C’est moi ou c’était vraiment de la merde ?! ». Et j’ai acquiescé. Et j’ai crié plus fort que les autres (parce qu’en tant que « spécialiste » des films d’horreur c’était mon opinion qui avait le plus de poids dans la dynamique de groupe) que ouais, pffft, trop, de la merde sérieux, et puis Megan Fox, quelle grosse pouffe, elle est même pas si belle et elle joue comme un pied. Pour ma défense, j’avais 22 ans et les discours sur le féminisme et le slut-shaming et la misogynie internalisée n’avaient pas encore percé dans le milieu mainstream. 

Mais la vérité, c’est que j’avais adoré. J’avais eu trop peur de me mettre à contre-courant – j’avais une réputation à préserver – et surtout je ne comprenais pas encore pourquoi j’avais aimé, et j’aurais été bien incapable de l’exprimer. Je détestais Megan Fox parce que j’en étais monstrueusement jalouse – tous les mecs étaient fous amoureux d’elle, parlaient sans cesse de ses seins, de son cul, de sa bouche de suceuse, et moi j’étais dix ligues en-dessous, au moins. Comme Jennifer le dit si bien dans le film « You’re totally jello, you’re lime green jello and you can’t even admit it to yourself ». Verte de jalousie et pas tout à fait prête à l’admettre. Elle était tout ce que je ne pourrais jamais être – un fantasme, élevé au rang de divinité, inatteignable et sublime. Ce qui explique sa présence dans le rôle titre de Jennifer’s Body. Ce qui explique le sous-texte. Ce qui explique, en partie, le four que le film a fait. Toute la communication, toutes les campagnes de pub, ont saboté le film en ne misant que sur un angle : la plastique de Megan Fox et sa capacité à haranguer les foules simplement en se passant la langue sur les lèvres.  

J’ai mis quelque temps à revisiter le film par moi-même, au calme, sans la pression de devoir performer socialement pour me conformer à l’opinion générale, et en laissant ma jalousie de côté, et depuis, j’ai dû le revoir une dizaine de fois. Comme pour Ginger Snaps (dont je parle tout le temps et que j’aborderai sans doute dans cette même rubrique un de ces quatre), Jennifer’s Body pousse le féminin monstrueux à l’extrême. Il prend tout ce concept terrifiant qu’est la femme consciente de son pouvoir pour l’élever au rang quasi-mythologique. Toute cette rage qu’on garde ancrée dans nos tripes, toutes ces choses qu’on fait parce que c’est ce qu’on attend de nous, tous ces stratagèmes à travers lesquels on se sent forcées d’exister se retournent enfin contre les oppresseurs. 

Le monstre que devient Jennifer Check nait d’une agression violente perpétrée par les membres d’un groupe de rock  qui décident de la sacrifier pour compléter le rituel qui leur permettra de devenir riches et célèbres. Seul souci : c’est une vierge, qu’il faut sacrifier, et Jennifer n’est même pas une « backdoor virgin » comme elle le rappelle à sa meilleure amie Needy. Laissée pour morte, elle réapparaît légèrement changée, et soudain très, très affamée. Elle refuse catégoriquement d’être traitée comme une victime et déchaîne sa rage non pas sur ceux qui sont responsables de sa transformation mais sur sa meilleure amie, et les pauvres mecs qui rêvent de poser leurs pattes sur le corps parfait de Jennifer.

Ce n’est pas exactement un film de vengeance, c’est un film de transformation, de destruction, qui montre comme un évènement traumatisant peut radicalement changer la façon qu’on a de voir le monde et de se comporter face à ses congénères. Récemment, Megan Fox s’est exprimée sur l’affaire #MeToo en disant qu’elle a fermé sa gueule à l’époque où tous les témoignages ont commencé à faire surface parce qu’elle pensait que peu de monde serait capable d’avoir de l’empathie pour elle. Elle avait déjà tenté, il y a des années, de dénoncer le comportement de Michael Bay sur les tournages auxquels elle a participé, et tout s’était retourné contre elle. 

Megan Fox est trop belle, trop parfaite, trop à l’image d’Hollywood et trop peu reconnue pour ses talents d’actrice (Jennifer’s Body est une énorme exception sur son C.V.), et elle était persuadée que personne ne pleurerait pour elle. Si Jennifer’s Body sortait aujourd’hui, on le verrait complètement différemment, et il serait sûrement beaucoup plus encensé et associé à cette lutte qui domine l’industrie depuis quelques mois. 

Bref, à la base j’avais pas prévu de digresser à ce point, je voulais juste exprimer mon amour pour ce film, pour Jennifer, pour Megan Fox, pour la réal de Karyn Kusama et pour les dialogues complètement perchés de Diablo Cody qui donnent un charme tellement unique à l’oeuvre complète. C’est dans la lignée de Jawbreaker ou des premier films de Gregg Araki, avec un peu de Clueless et de Mean Girls – sans oublier l’inévitable scène de marche au ralenti dans les couloirs du lycée dont tout film centré sur un personnage féminin monstrueux a besoin, à mon sens (cf. Ginger Snaps, ou même The Craft). 

Je choisis consciemment de ne pas aborder la relation entre Needy et Jennifer parce que ça mériterait un article entier et que je ne m’en sens pas à la hauteur. Le fait que Jennifer dévore des hommes mais séduise Needy, qui semble ne pas vouloir admettre que c’est pour Jennifer que son coeur bat vraiment et pas pour son mec qui sent la bouffe thaï, mériterait d’être analysé plus en profondeur. Mais là aussi, c’est un aspect du film qui a été complètement oblitéré par le discours de l’époque qui était simplement de l’ordre de « AGHAGAGHAH MEGAN FOX ET AMANDA SEYFRIED SE ROULENT UNE GROSSE PELLE ET SE TOUCHENT LES NICHONS » – mais bon, c’était 2009, on était jeunes et cons. 

Jennifer Check est odieuse, méchante, monstrueuse, manipulatrice, dangereuse, affamée, mais elle n’est que le produit de tout ce qu’on a pu projeter sur elle avant même qu’elle ait eu le temps d’affirmer sa personnalité et de l’attaque qu’elle a subi dans les bois. Et puis, comme elle le dit si bien quand Needy lui reproche de tuer des gens : « No, I’m killing boys ». Et c’est pas pareil. 

Sur ce, si quelqu’un peut me mettre cette image sur une quinzaine de cierges, merci de me contacter ASAP. 

Je te raconte ma vie

Et si, finalement…

Et si finalement, j’avais encore besoin d’un espace comme celui-ci, aussi désuet soit-il ?

Maintenant que je suis passée à l’audio, je retrouve un plaisir oublié. Celui de l’écriture personnelle, qui va plus loin qu’un tweet ou une légende Instagram (même si je ne renie toujours pas les réseaux sociaux et que j’y trouve toujours beaucoup d’inspiration et de plaisir).

J’en sais rien. Comme d’habitude, je ne vais pas faire l’erreur de faire des promesses que je ne peux pas tenir. Il y a de l’écho, par ici, et finalement ça m’arrange. Un peu de calme, ça fait du bien. 

Après, concernant ce que je pourrais avoir à dire, c’est encore une autre histoire. Il fallait que je fasse le test, en tout cas. On verra.

On verra.